1990, Naples. Au petit matin, les habitants découvrent de grands dessins collés sur les murs de la ville. C’est l’artiste français Ernest Pignon-Ernest qui a créé ces affiches évoquant le peintre Caravage. Les collages sauvages vont-ils provoquer la colère des Napolitains ?

Au contraire. L’une des affiches, un hommage à La Mort de la Vierge de Caravage, est même immédiatement adoptée… par une mamie. La vieille Napolitaine, qui vend des cigarettes non loin de là, décide de veiller sur l’œuvre pour la protéger.

Les collages de Pignon-Ernest sont en effet très fragiles. Après avoir réalisé un grand dessin, il le fait imprimer sur du papier très fin, destiné aux journaux. Puis il choisit l’endroit parfait pour coller discrètement son œuvre dans l’espace public. Ses créations, souvent politiques, s’affichent dans les rues depuis les années 1960. Ce qui fait un peu de lui le père de l’art urbain !

Quelque temps plus tard, Pignon-Ernest retourne sur les lieux et découvre que la Napolitaine, Antonietta, s'est volatilisée, tout comme l’affiche. En se renseignant, il apprend qu’Antonietta est décédée. L’artiste, ému, réalise son portrait d’après une photo. Puis il en fait une affiche, qu’il colle dans la rue où Antonietta montait la garde…

Les Napolitains sont bouleversés par cet hommage, au point de vouloir protéger le dessin par une vitre. C’est un contresens pour l’artiste ! Ses œuvres sont éphémères et doivent vieillir avec les intempéries et les aléas de la rue. Il parvient à les faire changer d’avis, à condition de venir coller une nouvelle affiche si l’autre venait à disparaître. En 2011, l’artiste a tenu parole…


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