Nairobi, janvier 1999. Depuis son lit d’hôpital, Wangari Muta Maathai prévient ceux qui ont ordonné son tabassage : elle reviendra très vite protéger la forêt de Karura. Ceux qui abattent des arbres la trouveront toujours sur leur chemin. Et si l’on voit un jour des immeubles se dresser à la place de ce poumon vert de la capitale kényane, c’est qu’ils auront été bâtis sur sa tombe !

Depuis 20 ans, Wangari est "la femme qui plante des arbres". C’est ce qu’elle faisait ce 8 janvier, en compagnie de militantes et de journalistes, lorsque des hommes armés les ont attaqués.
Planter de jeunes pousses pendant que les ouvriers coupent des arbres centenaires : le symbole est puissant. Mais si cette biologiste fait pousser des arbres au Kenya, c’est pour des raisons scientifiques…
Formée aux États-Unis, grâce à une bourse au mérite, et détentrice d’un doctorat, Wangari Muta Maathai s’est spécialisée dans les sciences du vivant.

Elle sait que des décennies de déforestation provoquent une réaction en chaîne catastrophique pour son pays : les sols mis à nu s’appauvrissent d’année en année, et les abords des villes se désertifient. En effet, sans couverture végétale, la terre voit sa matière organique (le carbone) s’échapper dans l’air.
Pour l’environnement, c’est la double peine : la concentration de carbone augmente dans l’atmosphère, renforçant l’effet de serre climatique, et les sols deviennent de plus en plus arides.
Pour lutter contre ce phénomène, Wangari se met dès 1977 à planter des rangées d’arbres aux abords des villes. Avec l’aide de milliers de femmes qui gagnent ainsi un petit revenu, elle entoure chaque ville d’une "ceinture verte", qui donne son nom à l’association.

Hélas, planter des arbres pendant que les forêts sont rasées revient à remplir avec un verre d’eau une baignoire qui se vide. Alors, sans relâche, Wangari Muta Maathai s’oppose aux projets destructeurs du président kényan.
Elle sauve ainsi Karura et d’autres forêts du Kenya, ce qui lui vaut le prix Nobel de la paix en 2004.
Militante jusqu’au bout, elle anticipe même ses derniers instants en demandant à être enterrée dans un cercueil de bambou, afin qu’aucun arbre ne soit coupé pour elle.

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