Comment Marcel Duchamp a redéfini les frontières de l'art... avec un urinoir

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Peut-on faire d’un objet aussi ordinaire qu'une pissotière une œuvre d’art ? En présentant sa "Fontaine" au début du 20e siècle, Duchamp provoque un tollé et transforme durablement notre regard sur la création artistique et la définition d'une œuvre. Retour sur un geste aussi simple que révolutionnaire.

1917, New York. La Société des Artistes Indépendants s’apprête à ouvrir sa première exposition. Se voulant résolument modernes, les organisateurs ont pris l’engagement d’accepter toutes les œuvres à condition qu’elles aient un titre, une signature, et que l’artiste s’acquitte d’une somme de 6 dollars. Mais quelques jours avant le lancement, le comité est réuni en urgence…

Une "sculpture" envoyée par un certain Richard Mutt pose problème. Dans le comité d’organisation, on crie au scandale, jugeant qu’elle n’a aucune valeur artistique :

C'est une pièce commerciale ressortant de l'art du plombier.

Il y a en effet de quoi être surpris car l’œuvre est… un urinoir. Il est en faïence, fabriqué industriellement et disposé à l’envers, c’est tout.

Marcel Duchamp (sous le pseudonyme de R. Mutt), Fontaine, 1917

Le comité est bien embêté, car l’œuvre respecte les conditions d’exposition. L’artiste a versé les 6 dollars, il a signé et a donné un titre : Fontaine. Vaut-il mieux accepter la sculpture et se ridiculiser devant le public, ou l’exclure en trahissant le principe fondateur de l’exposition ?

Finalement, les organisateurs décident de l’écarter discrètement. Grave erreur ! Derrière le pseudonyme R. Mutt se cache l’artiste français Marcel Duchamp, membre du comité d’organisation. Par cette œuvre, il souhaitait tester l’ouverture d’esprit de ces artistes se prétendant "d’avant-garde". Il n’a pas été déçu…

Auteur inconnu, Portrait de Marcel Duchamp, 1927 (?), Bibliothèque du Congrès des États-Unis, Washington

Avec son humour et son sens de la provocation, Duchamp pose des questions essentielles sur la définition d'une œuvre d'art et sur la légitimité d'une démarche artistique. Ce qui importe, pour lui, c’est l’intention de l’artiste.

Il a choisi un objet industriel et l’a sorti de son contexte habituel pour le mettre dans un musée. Pour Duchamp, cela suffit à le transformer en œuvre d’art, en obligeant le regardeur à porter un œil neuf sur cet objet. C’est ce qu’il appelle un ready-made ("préfabriqué").

Marcel Duchamp, Roue de bicyclette, 1951 (3e version, l'originale de 1913 ayant été perdue), MoMA, New York © ADAGP, Paris, 2026

La preuve que sa démarche a fonctionné ? Fontaine a été élue l’œuvre la plus influente du 20e siècle par un comité d'experts britanniques !

Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût. Marcel Duchamp

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