Une femme s’appuie pensivement sur son bras, les yeux clos. Il s’agit de Pénélope, une statue en plâtre d’Antoine Bourdelle. Selon le mythe antique, cela fait vingt ans qu’elle attend son mari, le héros grec Ulysse. Le sujet plaît beaucoup au sculpteur, qui s’en empare d’une manière très personnelle…

Pour le visage, Bourdelle choisit de représenter Pénélope avec un nez droit, des yeux en amande, une mine boudeuse...Ce n’est pas par hasard : en regardant d’autres de ses œuvres, on peut reconnaître Stéphanie Van Parys, la femme du sculpteur. Qui, mieux que son épouse, pour incarner Pénélope !

Sauf que Bourdelle ne s’arrête pas là... Si le visage est celui de sa femme, ce n’est pas le cas du corps. C’est celui de la maîtresse du sculpteur ! Cléopâtre Sevastos, son élève grecque, habite l’atelier et travaille en étroite collaboration avec le maître. Et même très étroite : Bourdelle en tombe amoureux et décide de lui dédier une partie de la sculpture.

Il reprend une posture qui lui avait tapé dans l’œil en visitant un musée. Ce n’était pas celle d’une statue, mais bien celle de sa maîtresse : un bras replié sur son ventre et l’autre soutenant sa tête. C’est exactement ce qu’il imagine pour symboliser l’attente amoureuse de Pénélope. Elle ne bougera pas avant d’avoir revu son homme !

C’est pourquoi Bourdelle la conçoit fermement ancrée dans le sol, tel un antique pilier. Sa longue robe plissée rappelle d’ailleurs les cannelures, ces petites stries verticales creusées dans les colonnes grecques. Et si Pénélope attend son mari, Cléopâtre Sevastos, elle, attend son amant Bourdelle... qui l'épousera quelques années plus tard.


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