1838, Paris. Louis Daguerre réalise ce qui est probablement la toute première photographie avec des êtres humains.
Mais à part les deux petites silhouettes en bas à gauche, l’image nous donne une impression de ville fantôme, aux rues désertes et embrumées… Où sont donc passés les badauds et les calèches qui devraient grouiller sur le boulevard du Temple ?

C’est que les techniques de l’époque n’étaient pas celles d’aujourd’hui... À cause de la faible sensibilité des supports (ici, des plaques de cuivre) à la lumière et de la trop petite ouverture des optiques, les temps de pose sont alors extrêmement longs.
Pour obtenir une image nette et précise, il faut plusieurs dizaines de minutes d’exposition ! Toute personne en mouvement apparaît donc floue - ou bien n'apparaît pas du tout ! Mais alors, pourquoi aperçoit-on ces deux personnages sur le trottoir aussi distinctement ?

Perché sur le toit d’un immeuble, Daguerre a photographié le boulevard au petit matin, en pleine ébullition. Seuls un cireur de chaussures en plein travail et son client, restés tous deux immobiles pendant toute la durée de l’exposition, sont donc apparus sur la photo.
L’artiste donne alors son nom au procédé révolutionnaire qu’il a créé : ce sera la naissance du daguerréotype !

Racheté par l’État suite à la recommandation de François Arago, célèbre homme politique et scientifique, cette invention connaîtra un succès fou.
On parlera même de daguerréotypomanie ! Et tant pis pour tous ceux qui n’avaient pas la patience de poser aussi longtemps...
Une photographie, c’est un fragment de temps qui ne reviendra pas. Martine Franck

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